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La Veillée des Abysses

Création 2003

UN COUP DE VENT. Une bourrasque, et les voilà qui sont jetés par jardin sur le grand plateau du Théâtre de la Ville, comme des bois flottés qui échouent sur les grèves les jours de tempête.

Six, garçons et filles,beaux comme l'aube au printemps, nerveux, déliés, athlétiques. Six et qui savent tout faire, ils vont nous en offrir la ludique démonstration une heure trente durant. Ils nous conduisent en un monde étrange où les lois de notre jolie planète n'ont plus cours. A la fin, la grande carcasse de chapiteau qui leur aura servi de ciel, de cintres ou de balançoire,deviendra le pont et le mât d'un navire de haute mer, et les six prendrontle large, côté cour...

Merveilleux, ce nouveau spectacle de James Thiérrée est un éblouissant voyage dans des terres où se croisent en une symphonie radieuse, tous les arts du plateau. Le cirque, l'acrobatie, la danse, le théâtre, le mime, le chant, la musique. Il y a deux ans, James Thiérrée avait justement proposé une « symphonie », La Symphonie des hannetons. C'est un orchestrateur prodigieux. Il possède ce don propre aux plus grands artistes : il neressemble à personne, il est unique, il est à la fois de toutes lesdisciplines et d'aucune. C'est l'héritier du théâtre de la Foire dans ce qu'il avait de plus fertile, de plus audacieux et c'est aussi un rejeton du septième art, d'un cinéma burlesque et tendre, populaire, universeldont il cite en doux clins d'oeil quelques plans, quelques souvenirs...Les lois, ici, sont celles du rêve. Les images s'engendrent elles-mêmes et se dissipent. Deux parapluies peuvent ainsi devenir une bête fabuleuse... On est du côté des chimères, des démons et merveilles... Tout objet grille d'un parc, canapés défoncés, piano droit, etc. peut être à la fois un piège et un moyen de délivrance. On est ici comme dans l'inconscient, les contraires coexistent.

C'est drôle, touchant, débordant d'imagination et d'audace. On est du côté de la prouesse physique et de la profondeur sensible. Sans paroles. Presque. Le grand rideau de soie dorée qui se lève pour nous dévoiler les météores et le fatras d'un plateau à métamorphoses traduit parfaitement l'esprit d'une équipe formidable : il est précieux et fragile.

Victoria Thiérrée   et Cidalia Da Costa pour les costumes, Liliane Boitel pour les accessoires, Thomas Delot, le son, Jérôme Sabre, les lumières, Marc Moura, la régie, Gaëlle Bisellach-Roig, Raphaëlle Boitel,Niklas Ek, Thiago Martins, Uma Ysamat, acrobates spirituels sont les compagnons de ce chef de troupe exceptionnel, James Thiérrée, Arieléternel taillé dans l'étoffe des songes.

Armelle HELIOT© 2004 Le Figaro. Tous droits réservés.